Tout doucement #30
Autodidacte, je partage dans ma newsletter mes découvertes, mes expérimentations et les étapes de mon projet artistique sur un tempo “qui va piano va sano”. Il est possible que la newsletter soit trop longue pour un e-mail. Dans ce cas, ouvrez-la dans un autre onglet.
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Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise situation
Mission Cléopâtre
Au menu de cette newsletter, une exposition qui balaie une idée reçue, un nouveau portrait aux pastels (et ce que j’ai enfin compris lorsque je travaillais dessus) et quelques unes de mes inspirations récentes.
Color “blocs”
Je suis allée voir récemment la nouvelle exposition temporaire de Lugdunum, le musée gallo-romain de Lyon, C’est canon ! L’art chez les romains. Outre la curiosité liée au thème, je me suis dit que c’était une occasion de dessiner in situ des sculptures puisque personne ne m’accompagnait et qu’un vendredi matin, le lieu était quasi désert. Je me suis fixée comme règle de me limiter à quelques minutes pour esquisser chaque modèle choisi, un exercice qui revient assez souvent en dessin. J’ai renforcé certains traits de retour chez moi.


La scénographie de l’exposition est très colorée et j’ai d’abord pensé que c’était pour la rendre plus attractive jusqu’à ce que j’arrive devant la table à pigments (ocre rouge, blanc de plomb, bleu égyptien et ocre jaune). J’ai alors appris que contrairement à une idée largement répandue, l’art romain n’était pas sans couleurs et les sculptures pas immaculées.
Cette polychromie antique a disparu parce que la peinture utilisée était fragile, parce que les sculptures étaient exposées dehors (et subissaient le vent, la pluie, la chaleur), parce qu’avec le temps, les pièces se sont abîmées.
Plus surprenant, jusque dans les années 80, il était fréquent de passer les collections en pierre au karcher !
La gazette de l’exposition, disponible gratuitement à la sortie du parcours, consacre un article très intéressant à la question de la couleur pendant l’Antiquité sous forme de questions à deux chercheurs, Violaine de Villemereuil et Nicolas Delferrière. On y apprend que :
-des analyses récentes ont attesté l’utilisation de pigments dans la chevelure de statues
-l’ocre rouge était le pigment le plus utilisé parce qu’il se rapproche du brun, qu’il ait moins cher que d’autres pigments et qu’il y avait peut-être aussi un aspect symbolique (le rouge étant une couleur liée à la mort)
-sur les drapés, on retrouve des pigments plus onéreux comme du doré
-jusqu’au début du 19ème, il était tellement impensable pour les scientifiques que les traces laissées sur le marbre soient des restes de couleur que de nombreuses pièces ont été nettoyées pour les rendre les plus blanches possibles et agréables aux yeux des visiteurs (cf: Le mythe de la Grèce blanche, de Philippe Jockey.)
En sortant, je me suis retrouvée près de la scène du théâtre antique (le musée étant située dans les arènes de Fourvière), celle foulée par de nombreux artistes, été après été pendant le festival des nuits de Fourvière. J’ai marché jusqu’aux planches. Face à moi, l’amphithéâtre et ses gradins mais celui-ci étant vide, je n’ai pas pu réaliser combien cela doit être impressionnant.


J’ai prolongé la visite en flânant dans le jardin attenant aux arènes et savouré ses couleurs automnales. Je n’étais plus à Lyon mais dans un parc à Rome.




Festina lente (Hâte-toi lentement ou la beauté des oxymores)
En dehors de ces croquis de statues, j’ai travaillé sur un nouveau portrait de couple inspiré par le film d’Emmanuel Mouret, Chroniques d’une liaison passagère.
Pour le rendu de leur peau, de leurs cheveux ou de leurs vêtements, j’ai réalisé (quasi une révélation alors qu’elle peut paraitre banale) , que ce qui me plait tout particulièrement, c’est de “construire” tout doucement les teintes, les ombres, les volumes en procédant à la fois par couches successives et par toute petite surface. Les artistes qui utilisent les crayons pastels à la cire ont souvent des gestes amples et travaillent par grands aplats. J’ai essayé un temps de les imiter mais je réalise (enfin) que ce n’est pas ma pratique.
Bref à l’heure où il faut produire tous les jours ou presque pour nourrir les réseaux sociaux, monstres insatiables qui digèrent en quelques secondes et réclament à nouveau votre temps, je revendique le droit à la lenteur.
C’est probablement aussi pour cette raison que je me suis pas mal amusée à dessiner quelques animaux à fourrure (bien qu’éloignés de mes “sujets” habituels et surtout un peu trop “naturalistes” à mon goût) car la texture de la fourrure se construit peu à peu et par petites couches avec patience.




Les inspirations du moment
Dans mon quartier : le café librairie Relie Délivre
Relie Délivre a remplacé un autre café librairie spécialisé dans la littérature noire où, je ne sais pas pourquoi, je n’ai jamais mis les pieds. Cette fois je suis rentrée (c’est un peu comme les casinos pour certains, j’évite d’y aller trop souvent, j’ai toujours envie d’acheter des livres), j’ai aimé la petite pièce du fond avec ses fauteuils et ses illustrations au mur.
L’accueil est doux et chaleureux et après un thé, je suis repartie avec Quand la beauté nous sauve de Charles Pépin. Je ne l’ai pas encore ouvert car je viens juste de me plonger dans La maison vide de Laurent Mauvignier, que le roman compte quasiment 800 pages et qu’il est de ces livres qui se déguste ( quel bonheur de lecture !)




Dans mon quartier : du Street art sur les pentes
J’habite à la croix rousse sur le plateau (en haut de la colline) et je me balade souvent sur les pentes (celles qui montent ou qui descendent selon le sens vers le “centre ville", la presqu’île). Une des particularités des pentes, outre ses nombreux escaliers, c’est la profusion de Street art (éphémère par essence), ce qui pimente chaque flânerie.
En voici quelques exemples :
En bas de chez moi..
Une des propriétaires a planté des hortensias et je crois qu’à chaque fois que je sors de mon immeuble même s’il n’est pas exactement sur ma trajectoire, je lui jette un coup d’œil. Son firmament est court car nous ne sommes pas en Bretagne (pas assez d’eau, trop de chaleur) mais il a une seconde vie quand il commence à sécher. Et lorsqu’il pleut, ses pétales vieux rose, grenat, ou marron rosé accueillent quelques gouttes que je ne me lasse pas d’admirer.


Sur ma platine : le dernier album de Pierre Lapointe
J’ai découvert le dernier album de Pierre Lapointe, Dix chansons d’amour démodées pour ceux qui ont le coeur abîmé, sur scène et dès la seconde chanson, Toutes tes idoles, on peut dire que j’ai été “cueillie” par sa voix, sa mise en scène, sa présence et bien-sûr la beauté de ses textes. Pour cette tournée, il partageait les planches avec les pianistes du Duo Fortin-Poirier (pas banal d’ailleurs ce duo de femmes qui jouent à quatre mains depuis 2005) et les arrangements créés étaient magnifiques.
J'ajouterai que si les chansons de Pierre Lapointe sont rarement gaies (écoutez au moins la magnifique Madame, Bonsoir), l’artiste, lui, est très drôle.
Voilà maintenant j’écoute en boucle son album et je garde en réserve tous ses albums précédents pour les week-ends au chaud.
Cette newsletter est finie mais vous pouvez lire mes précédentes newsletters. J’ai revu tous les visuels, qu’en pensez-vous ?
Je vous souhaite une bonne soirée et au plaisir d’échanger avec vous en commentaire ou en message.
A bientôt,
Mentionnés dans cette newsletter :
Musée Lugdunum
Exposition C’est canon ! L’art chez les Romains
Le mythe de la Grèce blanche de Philippe Jockey
Théâtre antique de Fourvière
Festival Les nuits de Fourvière
Réalisateur Emmanuel Mouret
Film Chronique d’une liaison passagère
librairie Relie-Délivre
La maison vide de Laurent Mauvignier
L’album de P. Lapointe, 10 chansons démodées pour ceux qui ont le cœur abîmé
Duo Fortin-poirier
chanson de Pierre Lapointe Madame, bonsoir





Coucou Virginie, merci pour ta newsletter que je lis toujours avec autant de plaisir. Je trouve tes dessins de plus en plus assurés et beaux. Ta newsletter me permet de voyager à Lyon au gré de tes découvertes, culturelles, exploratoires toujours poétiques et douces, c'est un vrai bonheur pour moi qui suis si loin de cette belle ville. Je viens d'acheter le Mauvignier en version numérique, chaleureusement recommandé par ma soeur qui l'a dévoré et sur les réseaux sociaux par Laure Adler. Tu me confortes dans mon envie de le lire.
A très bientôt et merci pour ce doux moment régulier et coloré !
J’aime beaucoup tes nouveaux visuels 😍 Et je suis impressionnée par les textures que tu arrives à créer au pastel, tes animaux sont très réussis, Wouaww! Ils ont l’air si doux à toucher 🥰
Je suis moi aussi fan des hortensias qui sèchent et j’aime observer les miens de jour en jour 🩷
Passe un bon week-end !