Et maintenant que vais-je faire ? #37
Bienvenue dans cette newsletter gratuite, écrite et illustrée sans IA. Je partage mon cheminement d’artiste autodidacte, mes projets et mes sources d’inspiration.
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Créer un univers par le dessin, c’est une manière de voyager. Je suis un voyageur en chambre. (Clément Ombrerie)
Vous est-il arrivé après la lecture d’un livre qui vous a emporté, scotché, mis ko par sa plume, son histoire, sa construction, d’avoir l’impression que vous ne pouvez plus rien lire pendant un certain moment ? (bon en général cela ne dure pas longtemps car je ne sais pas vivre sans lire). Après avoir fini ma série Rougeoiements et en l’absence de lieu pour l’accueillir (pour être honnête je n’ai pas cherché énormément parce que “faire la promotion” de mon travail ce n’est vraiment pas mon truc), je suis un peu dans le même état, je ressens une sensation de vide, de “et maintenant ?” (d’où mon titre à la Gilbert Bécaud).
En attendant que l’inspiration revienne pour une nouvelle série (je ne suis pas une machine )), je continue d’explorer différentes pistes pour progresser dans la pratique du dessin.
Retour à l’argentique
Je vais vous parler d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, un temps où on prenait des photos en glissant des pellicules dans les appareils, un temps où on ne pouvait pas effacer les photos ratées, un temps où on découvrait le rendu après avoir fait développer ses photos dans un labo. Avec le numérique et la possibilité de prendre des photos avec son téléphone, j’ai imprimé de moins en moins de photos (alors que paradoxalement si je devais quitter mon appart en feu j’aimerais bien pouvoir emporter les albums photos) puis plus du tout. Et pour quelqu’un, inquiète de sa mauvaise mémoire et légèrement obsédée par les traces, je trouve ça ballot. C’est peut-être pour cela que lorsque Julie Adore, une artiste très inventive, a proposé aux volontaires de la rejoindre dans son défi photo, je n’ai pas hésité longtemps.
Le principe ? Prendre avec un appareil photo argentique à partir du mois de mars et jusqu’à la fin de l’année 2026, 7 photos par mois sur 7 thèmes différents. Julie indiquait des modèles d’appareil (on en trouve facilement à partir entre 35 et 40 euros, le plus cher aujourd’hui est le développement), j’ai opté pour celui-ci :
Pour les thèmes, j’aurais pu suivre les 7 thèmes de Julie mais je voulais que cela soit adapté à ce que j’aime observer, photographier (voire dessiner) alors après avoir réfléchi, j’ai choisi les 7 thèmes suivants : Lumière et ombre, des gens, couleur, eau, Croix-Rousse, détails et pâtisserie.
Au moment d’inaugurer l’appareil, j’avais oublié comment cela fonctionnait et je me suis retrouvée à lire le mode d’emploi. Par rapport à un appareil photo numérique, l’appareil est ultra léger, on peut vraiment l’emporter partout sans être encombrée. C’est assez amusant de caler l’appareil contre son visage pour avoir l’œil dans le viseur, en essayant de ne pas bouger (pas sûre quand même d’éviter le flou..je dirais qu’il est artistique )) avant d’appuyer sur le déclencheur puis d’actionner la molette pour la photo suivante.
Pour l’instant je n’ai pas été très disciplinée, je n’ai rien noté et je ne suis pas sûre d’avoir bien pris 7 photos correspondantes aux 7 thèmes arrêtés mais heureusement le mois de Mars n’est pas fini.
Presque le printemps
Est ce la vue des magnolias en fleurs devant le théâtre des Célestins ? Est ce les jonquilles, touches de jaune orangé dans le petit parc que je longe tous les matins en partant au travail ? Est ce les branches de fleurs de cerisiers qui coiffent de rose clair la bouche de métro la plus proche de chez moi ? J’ai eu envie de dessiner dans mon plus petit carnet (format A6), une série de fleurs comme si elles servaient à illustrer des timbres. Laquelle préférez-vous ?
Touche à tout
Toujours dans le même mini carnet et pour ne pas trop réfléchir à ce que je dessine tous les jours, je me suis mise à croquer aux crayons de couleur des personnes à partir de photos que je vois passer en ligne ou à partir de photos que je prends quand je suis dehors (l’exercice consistant à passer incognito ). Récemment une personne à qui j’ai montré mon compte Instagram m’a dit “ah oui tu fais un peu de tout, tu n’es pas spécialisée” et j’ai senti que ce n’était pas particulièrement positif dans sa bouche :)
J’ai tout à fait conscience que visuellement mon compte est assez foutraque. Il est vrai aussi que j’ai dessiné jusqu’à présent des paysages d’île, quelques portraits, pas mal de nourriture sucrée, des cafés et des cafetières, des mains et même un ou deux animaux. Cette personne a donc un bon sens de l’observation et peut-être qu’un jour je me concentrerai sur un seul thème décliné à l’infini et à l’envie mais pour l’instant j’ai besoin d’explorer plein de pistes, j’ai besoin de travailler et de progresser sur bien des sujets. Me voilà donc partie pour 100 croquis de personnes dont voici les 10 premiers.
lumière dans la très belle gare principale de Prague
Les inspirations du moment
L’illustratrice anglaise Nina Cosford
Dans la série “Quel est ton modèle ?”, je demande Nina Cosford. Elle a créé le personnage d’une jeune femme qui lui ressemble et qui est sa “signature”, elle a travaillé avec plein de grandes marques (ce qui est, j’imagine, plus “rentable” que de vendre quelques illustrations de temps en temps sur une boutique en ligne) et elle a illustré des livres.
Cerise sur le crayon : elle a réussi à concilier voyage et dessin dans un projet de rêve. Elle a emprunté le transsibérien, une ligne de train reliant Moscou à Beijing en passant par la Sibérie et la Mongolie. Elle a “documenté'“ son périple en dessins pendant le voyage puis de retour chez elle, cela s’est transformé en livre. Nina Cosford sait dessiner des personnages mais aussi des bâtiments et des paysages (finalement j’ai peut-être raison de partir dans tous les sens ?). J’adorerais mener ce genre de projet sur une ligne de train en Italie ou en Scandinavie.
La nomenclature des couleurs de Werner
Le dernier roman que je n’ai pas eu envie de lâcher est celui de l’australienne, Charlotte McConaghy, Je pleure encore la beauté du monde. Il y aurait des tas de choses à souligner à son propos mais si je relie cette lecture à ma pratique artistique, ce livre m’a permis de découvrir la nomenclature des couleurs de Werner.
Werner est un minéralogiste de la fin du 18ème siècle qui a “mis au point un système de couleurs normalisé pour décrire les différences chromatiques les plus subtiles des minéraux à l’aide d’une terminologie cohérente.” Patrick Syme, peintre de fleurs d’Édimbourg a ensuite enrichi le travail de Werner avec des exemples tirés de la flore et de la flore pour créer tout un système d’échantillons de couleurs et de description.
Ce dictionnaire de couleurs a été publié en 1814 mais n’a été traduit en français que très récemment. Si je le trouve en version d’occasion, je l’achèterai et je vous le montrerai dans une prochaine newsletter.
Vous pouvez en avoir un aperçu grâce à la version en ligne créée par Nicholas Rougeux, designer qui s’est basé sur des archives numérisées si j’ai bien tout compris. Ainsi le bleu prussien, par exemple se retrouve sur une petite surface des plumes du colvert, sur les étamines d’une anémone bleu violacé et sur le minerai de cuivre bleu. La valeur ajoutée de la version en ligne de cette nomenclature est qu’il suffit de cliquer sur les intitulés pour qu’apparaissent les exemples cités en photos (bref de quoi s’y perdre des heures !)
Papa trimballait partout la nomenclature des couleurs de Werner. Un livre indispensable, selon lui. On le feuilletait à tour de rôle, Aggie et moi, promenant nos doigts sur les petits carrés de couleur et leur description qu’on apprenait par coeur. Chaque nuance était associé à un animal, un végétal et un minéral. C’est ce même livre, répétait souvent mon père avec fierté, que Charles Darwin consultait pour décrire les couleurs de la nature rencontrée tout au long de son voyage au bord du HMS Beagle. Il m’a toujours paru extraordinaire que le “rouge carné”, qui tirait à mes yeux sur un rose pâle brûnatre, soit non seulement la couleur du calcaire et des delphiniums, mais aussi celle de certaines nuances de la peau humaine. (Charlotte McConaghy)
crédit photo : compte instagram Lili Wood
En Bref
Bains d’hiver de Lili Wood
Je ne sais pas si je vous ai déjà parlé de Lili Wood, une artiste qui peint inlassablement mais jamais de la même manière la mer. Elle vit en Bretagne à Cancale et raconte dans un épisode du podcast La bonne aventure, qu’elle puise son inspiration dans ses balades quotidiennes en bord de mer. Dans sa dernière série, Bains d’hiver, j’aime aussi beaucoup ses tableaux d’intérieur où elle joue avec la lumière.
Funktionslust, le mot qu’il faudrait inventer en français
Funktionslust est un mot allemand qui désigne “le plaisir pur de s’adonner à une activité qui nous passionne, indépendamment de tout résultat, l’ivresse tranquille de faire quelque chose uniquement parce que ça nous habite”.
Quand ressentez-vous du “funkstionslust” ?
crédit photo : compte Instagram Manon Galama
Partir à Stockholm et dans ses environs avec Manon Galama
Des îles, des maisons en bois colorés, la mer et photo après photo, un sentiment de sérénité avec les photos de Manon Galama.
Je termine avec les titres auxquels vous avez échappés :
”Inspirez, soufflez“
”Aussi vintage que…”
”C’est pas du Pantone mais tout comme”
Bonne semaine !
(je voulais partager Ca faisait longtemps, le morceau parfait pour danser et sur lequel j’ai failli me tordre la cheville en sautant lors de leur concert au Transbordeur très récemment mais y a pas de clip )
Mentionnés dans cette newsletter :
Julie Adore et sa newsletter Chapeau
Nina Cosford
Tout sur le transsibérien et un article avec des photos et des conseils
site officiel de Charlotte McConaghy (où l’on se rend compte que le titre original est plus “fidèle” à l’intrigue)
roman Je pleure encore la beauté du monde
La nomenclature des couleurs de Werner
Werner
peintre écossais Patrick Syme
la version en ligne de la nomenclature des couleurs de Werner
Bains d’hiver de Lili Wood
Podcast, la bonne aventure, épisode consacrée à l’exposition Bains d’hiver



















J’ai adoré ta newsletter et la
Découverte aussi de ces artistes qui mènent des projets mêlant voyage et dessin. J’aimerais trop pouvoir faire cela. Je vais me
Lancer aussi dans la photo argentique
Particulièrement riche ta dernière newsletter, Virginie ! J''aime beaucoup ce "côté foutraque" justement, c'est la vie qui nous rattrape. Et les influences sont toujours multiples ! Le choix de ton appareil photo (j'adore le retour à l'argentine de mes jeunes années) m'a rappelé celui de mon père qui prenait les "souvenirs de vacances" (avec le retardateur pour être tous les 4 dans le cadre 😉)