L'inspiration vient en flânant #41
Bienvenue dans cette newsletter gratuite, écrite et illustrée sans IA. Je partage mon cheminement d’artiste autodidacte, mes projets et mes sources d’inspiration.
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La marche offre une attention, une disponibilité que n’offre ni la voiture, ni le vélo qui donnent plutôt un effet de travelling permanent, presque cinématographique. Mais attention, ce n’est pas une marche avec un objectif précis. L’idée, c’est justement de lâcher prise, de se laisser aller dans une marche lente, méditative, sans savoir exactement par où l’on va passer. La flânerie est essentielle car elle ouvre la porte à la rêverie. Et à notre époque, se laisser aller à la rêverie est une forme de résistance. (Didier Tronchet)
Je marche tous les jours mais je ne flâne pas tous les jours sinon j’arriverais très en retard au boulot. En général, je prévois tout de même une petite marge pour pouvoir m’arrêter, aller voir une traboule quand j’arrive dans le quartier du Vieux Lyon (le matin beaucoup de portes de traboules sont grandes ouvertes alors qu’elles ne sont pas forcément accessibles le reste du temps ), prendre des photos.
La flânerie je la réserve aux jours où je n’ai pas d’horaires à respecter et même si je connais bien mon quartier, il arrive ainsi toujours à être surprenant. Il me semble même que je le regarde avec plus d’attention que si j’étais dans un endroit visité pour la première fois. Les voyages sont bien sûr une source d’inspiration mais dans une nouvelle rue, un nouveau quartier, une nouvelle ville, un nouveau paysage, c’est comme si je recevais trop d’informations en même temps. Résultat : je n’arrive pas à voir autre chose qu’un cliché, une image un peu carte postale.
C’est en flânant que m’est venue l’idée de dessiner à la fois des instants quotidiens et des petits morceaux de mon quartier. Jusqu’à présent, j’avais écarté ce sujet car je voyais le dessin des immeubles comme un obstacle insurmontable (parce que cela suppose comprendre les règles de la perspective et savoir les appliquer et à chaque fois que je regarde une vidéo à ce sujet, mon cerveau part ailleurs )). J’ai tenté quelques croquis aux crayons de couleurs récemment et je me dis que le “sujet” mérite d’être creusé :
Pour ma première “balade dessinée”, j’ai sélectionné le détail d’une façade dans ma rue, une devanture de commerce devant laquelle je passe tous les matins, l’intérieur de ce commerce et un instant vécu quand je me suis posée à la terrasse de ce commerce. J’ai mis mes pastels à la cire de côté et j’ai utilisé des feutres fin couleur sépia (et un peu de feutre noir mais je trouve que cela durcit le trait) avec l’idée de croquis plus que de dessins.










Peut-être que je ré-utiliserais les mêmes modèles pour des dessins aux pastels plus colorés. D’ailleurs j’ai déjà retravaillé leur délicieuse viennoiserie aux pommes avec des crayons de couleurs et des pastels.



Je continue de dessiner des chiens : après l’affiche Les chiens à Turin, Les chiens à Paris (présente dans la dernière newsletter), j’avance sur l’affiche Les chiens à Lyon.
J’ai beaucoup de matière sous le coude puisque j’ai assisté à un rassemblement de teckels à côté du plus grand parc lyonnais (le parc de la tête d’or) et sur les berges du Rhône. Je ne pensais pas qu’il y aurait autant de monde mais les propriétaires de teckels s’étaient visiblement passés le mot. Poils longs, poils courts, tachetés, à la robe marron foncée, habillés, portés, une belle galerie de portraits canins en perspective !
Tourner la page
Lors de Lyon BD Festival, deux expositions étaient présentées dans les salons de l’hôtel de ville. La première était consacrée à la bande dessinée, Tourner la page de Zep, avec un style très éloigné de ce que l’on connait du dessinateur.
Ma main avait besoin de vacances. C’est ainsi que Zep résume son envie, et son besoin de développer des récits dans un style réaliste, loin de son travail sur Titeuf. “En bande dessinée, on doit se construire un style assez vite, pour être cohérent au fil des pages et des albums. Mais le risque est de s’enfermer dans un mimétisme graphique toute sa vie. […]Continuer à apprendre, explorer en permanence, est une nécessité. J’ai toujours été admiratif d’un artiste comme David Hockney, qui, passé 80 ans, testait encore de nouvelles techniques.
Je ne vais pas me lancer dans un commentaire de texte de sa citation mais le fait qu’il veuille revenir vers quelque chose de plus réaliste m’a interpelé, Renoir ayant eu la même démarche au moment où ses tableaux impressionnistes avaient le plus de succès. J’aimerais pour ma part m’éloigner du réalisme (quand on me dit “c’est bien fait”, pour moi ce n’est pas un super compliment, j’aimerais plutôt suggérer des sensations, un souvenir). Peut-être que les artistes sont des éternels insatisfaits ?
Cette exposition m’a aussi décomplexé au moins le temps de la visite. En effet sur un des panneaux de présentation, Zep confiait :
Quand j’ai commencé, mon style devait beaucoup à ceux que j’ai copiés. Aujourd’hui, c’est de plus en plus moi-même, mais c’est une évolution sans fin. Je serai toute ma vie un apprenti.
Il raconte également qu’avait du mal à représenter, au trait, l’eau et ses mouvements. Il a donc fallu qu’il trouve des solutions pour dessiner la mer et c’est ainsi qu’il s’est tourné vers l’aquarelle. Le fait qu’il ait (un peu) galéré pour représenter quelque chose, c’est rassurant non ? )
quand Zep galère, au final ça donne ça )
L’exposition présentait pas mal de ses planches en grand format avec des bleus et des jaunes magnifiques entre autres. Quand je suis allée voir la bd ensuite, j’ai trouvé presque dommage que cela soit en si petit format.
Il était expliqué aussi que pour dessiner les personnages de Tourner la page, Zep a fait poser des hommes et des femmes, de son entourage mais plus souvent des comédiens. Il les a pris en photo dans différentes postures avec des expressions variées.
Intéressant aussi de voir toutes les couvertures qui ont été imaginées et ses carnets de croquis dans une vitrine.
Enfin j’ai lu une citation de Zep que j’aurais pu écrire à sa place tant elle explique la part importante de la fiction (en particulier les romans mais aussi le cinéma) dans ma vie :
Je suis incapable d’un bonheur tranquille, mon histoire réelle ne me suffit sans doute pas. Alors je suis comme un enfant qui se raconte des histoires. Pour que cela marche, il faut devenir ses personnages. J’aurais passé la plus grande partie de ma vie à être un autre.
Les inspirations du moment
Space Montaigne de Marion Montaigne
Je reste dans l’univers de la BD avec le dernier album de Marion Montaigne qui m’a beaucoup fait rire avec ce duo qu’elle créé héros (Thomas Pesquet) /anti-héros (elle et ses angoisses). J’en ai parlé plus longuement sur le blog.
Martin Eden : le succès et après ?
C’est grâce à la newsletter de Clod, un illustrateur, que j’ai eu envie de lire Martin Eden de Jack London. L’histoire pour résumer très brièvement est celle d’un jeune homme de la classe ouvrière qui tombe amoureux d’une jeune femme de la bourgeoisie et qui décide, pour la séduire, de “réussir” en tant qu’écrivain (à moins que ce soit cette rencontre qui lui ouvre de nouveaux horizons). Martin se jette à corps perdu dans la lecture de livres et manuels pour rattraper toute l’éducation qu’il n’a pas reçue, puis se met assez rapidement à écrire. Parallèlement pour payer son loyer, sa machine à écrire, il continue à partir pour des missions en tant que marin ou plus tard à travailler comme un forcené dans la blanchisserie d’un hôtel. Toutes les personnes qui minimisent la pénibilité du travail manuel devraient lire au moins ce passage (et aussi le saisissant A la ligne de Joseph Ponthus ). Jack London montre combien le travail peut être abrutissant et nous vider de toute vitalité.
Martin Eden c’est aussi l’histoire d’un transfuge de classe qui, au fur et à mesure, de son “transfert” va se sentir de plus en plus seul. Il ne se sent ni à l’aise dans son milieu d’origine ni dans le milieu bourgeois qu’il convoitait.
Lizzie, la jeune femme dont il est amoureux, ne cesse de le presser, pour qu’il “accepte une situation”. Quand elle comprend qu’il ne se “rangera” pas à la place qu’elle a prévu pour lui (alors même qu’elle a toujours été séduite par sa force, son passé plein d’aventures, sa “condition” en quelque sorte), elle le quitte.
Et puis un beau jour, après tant de pugnacité de la part de Martin, de conviction peut-être intime que son talent finirait par être reconnu, après avoir essuyé tant de refus, le succès déferle comme une immense vague. Ce succès tant attendu a pourtant un goût amer.
“Je voudrais mourir pour vous, mourir pour vous ! “La voix de Lizzie chantait encore à son oreille.
Pourquoi ne l’avez pas vous osé plus tôt ? l’interrogea-t-il d’un ton sec. Quand je n’étais rien ? Quand je mourrais de faim ? Quand j’étais exactement ce que j’étais aujourd’hui, le même homme, le même artiste, le même Martin Eden ? Ca fait bien des jours que je me pose cette question, non pas à cause de vous spécialement mais d’une façon générale. Je n’ai pas changé, voyez-vous, bien que la soudaine appréciation de ma valeur par le monde m’amène constamment à devoir me rassurer sur ce point. […]
Voulez-vous que je vous dise ce que c’est ? C’est mon succès. Mais ce succès, ce n’est pas moi.
Je ne vais pas vous “spoiler” la fin mais elle ne s’oublie pas et le livre laisse en écho toutes les questions autour du "but” (si tenté qu’il y en est un) qu’on souhaite atteindre en créant et en partageant ses créations.
Les chiens de David Hockney
J’avais envie de terminer cette newsletter par un clin d’œil à David Hockney, décédé récemment, qui aimait visiblement beaucoup les chiens et en particulier les teckels. Il a souvent représenté ses deux teckels, Stanley et Boodgie et leur a consacré un livre “Dog days”.
Je termine avec les titres auxquels vous avez échappés :
”Celle qui ne parlait même pas de la canicule”
”Saussage party”
”Hot dog”
”Sous les planches”
”La rançon du succès”
”L’enfer d’Eden”
et pour la chanson de la fin, je voulais partager la version d’Aurélie Saada d’Aimer à perdre la raison (Aragon) que je viens de découvrir, je n’arrive pas à l’intégrer dans cette newsletter mais pour l’écouter il suffit de cliquer sur le lien.
Si cette newsletter vous a plu, n’hésitez pas à la partager autour de vous pour la faire connaitre à d’autres personnes ou à me laisser un petit mot.
Mentionnés dans cette newsletter :
Didier Tronchet et sa dernière bande dessinée Le piéton de Lyon
définition d’une traboule si vous n’êtes jamais venu à Lyon
Lyon BD Festival
bande dessinée Tourner la page de Zep
dessinateur et auteur Zep
illustrateur Clod
Marion Montaigne et Space Montaigne
A la ligne de Joseph Ponthus
Dog days de David Hockney
Précédemment :

















J’ai pris beaucoup de plaisirs à lire ta newsletter 👌 Martin Eden est mon livre préféré, il m’a énormément marquée.
Tous ces dessins de chiens m’enchantent ❤️ Team Teckels forever. Je réclame une affiche Teckels 🙈😉 bravo aussi pour ton exploration des lieux, c’est un sujet difficile à maîtriser et je trouve que tu as réussi à capter l’ambiance du café. Très envie d’une pâtisserie maintenant !
Je vais de ce pas lire ta newsletter précédente que j’ai loupée.
Bonne semaine ☀️
Merci pour cette balade dans votre quartier. J’aime beaucoup vos oeuvres et vous lire ! 🙂