Ce que m'a appris Renoir #40
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(Renoir) n’a jamais laissé passer un seul jour sans griffonner quelque chose, ne serait-ce une pomme sur un carnet de notes. C’est si vite fait de perdre la main. (extrait du livre, Renoir de Jean Renoir)
Malgré la chaleur des derniers jours qui a une nette tendance à amoindrir mon énergie, j’ai répondu, avant la date limite, à l’appel à participations de Kiblind sur le thème “flamboyance” (pour plus de détails je vous renvoie à ma newsletter précédente). Ma petite voix intérieure indulgente me rappelle que j’ai relevé ce qui était un défi pour moi : passer au format A3 (29,7 cm sur 42 cm) avec toutes les questions que cela engendre (changement d’échelle, proportions) et dans un laps de temps relativement court. Ma petite voix intérieure intransigeante ( à moins que ce soit tout simplement ma lucidité) me répète que j’ai peu de chance d’être retenue, que je n’ai pas le niveau. Que j’y crois ou pas ne changera pas l’issue alors advienne que pourra.
J’aurais pu prendre comme prétexte la même chaleur pour expliquer ma bourde récente. En mars dernier, je me suis achetée un appareil argentique tout simple ( Agfa, non ce n’est pas sponsorisé c’est juste pour vous montrer le look du modèle, j’ai choisi le marron rétro) pour suivre l’idée lancée par Julie Adore (prendre 7 photos par mois jusqu’en décembre sur 7 sujets différents). Premier loupé : m’apercevoir en arrivant à Turin (où je ne vais pas tous les jours) que la pellicule est finie (oui j’aurais pu vérifier avant, mais c’est écrit en tout petit )). Second loupé : ouvrir le boîter de l’appareil en croyant mordicus que la pellicule s’est rembobinée automatiquement,…et comprendre que je viens de voiler 36 photos. Bref j’ai racheté une pellicule et j’ai recommencé mes photos en Mai.
A court d’explication
Pour accompagner l’envoi de l’illustration scannée (l’occasion pour moi de crâner un peu, le temps d’un trajet chez l’imprimeur, avec un carton à dessins sous le bras…si l’habit ne fait pas le moine, le carton à dessins vert fait-il l’artiste ?)), il était demandé une phrase explicative (sans autre explications !). Cette consigne m’a plongé dans la plus grande perplexité : une phrase explicative sur le pourquoi de ma participation, une phrase explicative pour accompagner l’illustration et les choix faits ? S’agissait-il d’une note d’intention en version très synthétique mais avais-je vraiment eu une intention bien définie ?
Lors de ma récente visite de l’exposition Renoir et l’amour, au musée d’Orsay, je me suis attardée plus longuement auprès de deux chefs d’œuvre présentés ( Bal du moulin de la galette et Déjeuner des canotiers, ce dernier étant habituellement au musée The Phillips Collection à Washington). Ces deux tableaux bénéficient d’une “médiation” plus détaillée que les autres (hormis j’imagine si vous choisissez l’audio-guide, option que j’écarte toujours car j’ai bien du mal à me concentrer à la fois sur ce que je vois et ce que j’entends …j’ai une “mono-attention”, je ne travaille, ne lis jamais avec de la musique par exemple) sous forme d’une vitrine cartel adossée à une banquette. Dans cette vitrine, chaque tableau est analysé en termes de composition, de personnages et de couleurs.
Aviez-vous remarqué, ci-dessus, par exemple le motif rayé du auvent qu’on retrouve sur un des vêtements d’une personne au fond ? ou bien encore les touches de lumière qui guident le regard, touches apportées par plusieurs chapeaux jaunes ?
Le Déjeuner des canotiers a été l’objet d’analyses bien plus détaillées comme lorsqu’au lycée, nous disséquions ligne à ligne les textes d’auteurs classiques.
Où s’arrête l’intention de l’artiste ? Où commence l’interprétation de l’historien d’art ou du spécialiste ?
L’artiste aime bien croire qu’il est complètement conscient de ce qu’il fait, et de la valeur intrinsèque de son œuvre. A ça, je ne crois pas du tout. Je crois sincèrement que le tableau est autant fait par le regardeur que par l’artiste. (Marcel Duchamp)
Tout ça pour vous dire que ma phrase explicative s’est résumée à quelques mots qui n’expliquent pas grand chose :)
Quant à l’illustration finie, ne sachant pas si j’ai “le droit” de la partager avant la sélection des participations retenues, je m’abstiens mais je vous la montrerai dans une newsletter ultérieure.
Les couleurs du bonheur
Ce qui m’a frappé également dans l’exposition Renoir et l’amour est sa façon d’utiliser les couleurs. Il n’y a jamais de dissonance, toutes se répondent, elles forment un tout. Elles créent la vibrance d’une scène, ici une atmosphère lumineuse, là une ambiance chaleureuse ou un air de fête.
Quand on regarde un tableau de loin, tout est compréhensible. Si on prend le temps de le regarder de près, on observe que Renoir suggère beaucoup d’éléments, ne peint pas tous les détails, que chaque détail pris séparément peu paraître flou mais que pourtant l’ensemble est parfaitement cohérent.
Renoir, Au coin de cheminée
Un des tableaux montre une jeune femme assise dans l’herbe avec son chien, il s’agit d’Aline Charigot au chien.
En l’observant de près, je me suis dit que jamais je ne me serais assise comme elle dans des hautes herbes (je pense immédiatement à la présence potentielle de tics et de serpents )) mais surtout je me suis demandée ce qui permet à n’importe quel spectateur, n’importe quelle spectatrice de savoir qu’il s’agit d’un chien. Son pelage ? Avec cette caractéristique assez fréquente quand on commence à observer les chiens d’une “répartition” de différentes couleurs selon les parties du corps (tête, oreilles, pattes, poitrine, queue) . La forme de son museau et celle de sa truffe ? Ce V assez fréquent qui part du front et sépare les deux yeux ? La forme des yeux ?
Peut-être qu’en respectant ces codes, on peut s’affranchir des couleurs naturelles comme ci-dessous avec des chiens croisés à Paris :
Cela a donné vie à une seconde affiche de chiens spécial Paris (vous pouvez voir la première sur le blog).
Jamais deux sans trois ? Peut-être à Lyon la prochaine fois.
Dans ma trousse, des gommes
Renoir travaillait à la peinture à l’huile. Je ne connais rien à ce matériel, je ne l’ai jamais utilisé mais à priori il est possible de changer d’idée, de corriger quelque chose qui cloche en repassant une nouvelle couche de peinture sur une ancienne. On a découvert, par exemple, qu’initialement dans Une loge au théâtre (œuvre présente dans l’exposition Renoir et l’amour), un homme était peint et que Renoir l’a “effacé”.
Aux pastels à la cire, on peut superposer les couleurs mais si on se trompe dans un trait, si un élément nous déplait ou qu’on aimerait le changer de place, il est quasi impossible de revenir en arrière et de l’effacer.
Les gommes classiques (au centre sur la photo ci-dessous) fonctionnent pour le crayon à papier, les crayons de couleurs et il m’arrive de les utiliser quand des pigments d’un crayon pastel se sont déposés sur le papier et qu’une légère auréole s’est formée.
La gomme mie de pain (tout à droite sur la photo ) . Elle a une texture de pâte à modeler, on en prélève une petite quantité qu’on façonne en boule comme si c’était la mie du pain et ensuite on tapote le papier pour enlever les pigments qu’on souhaite. Encore une fois cela ne marche pas bien avec les pastels à la cire sauf si on a tracé de manière très très légère.
la gomme électrique (à gauche sur la photo) a l’avantage d’avoir un petit diamètre ce qui permet d’être très précis ou de travailler sur une toute petite zone. Il est possible d’atténuer un trait et sa couleur mais pas d’effacer totalement sa trace.
Quelque soit la gomme, si on insiste trop, le pastel bave ou le papier est altéré. Bref en cas de grosse erreur ou d’insatisfaction, la seule solution aux pastels est de tout recommencer.


A gauche les abricots de l’oranais (encore une viennoiserie délicieuse) ne me plaisaient pas, ils manquaient de volume mais comme j’avais créé un fond foncé, impossible de retoucher mes abricots. A droite, la seconde version sous un autre angle.
Les inspirations du moment
La caverne du Pont Neuf, JR
Je suis passée à côté du pont Neuf, la veille de la fin de l’installation de JR, La caverne du Pont Neuf.
Allez voir les photos prises de nuit avec le coucher du soleil c’est magique !
Corps célestes à la lisière du monde
Je contemplais Helga, je me gorgeais sans vergogne de son sourire, des expressions de son visage, de son regard ensorceleur, je gravais en moi ses mouvements de tête, ceux de ses bras : je buvais tout cela jusqu’à la dernière goutte afin de pouvoir aller puiser dans ma mémoire lorsque ses instants se seraient évanouis. (Jón Kalman Stefánsson)
J’ai terminé la lecture de Corps célestes à la lisière du monde et comme la plupart des livres de Jón Kalman Stefánsson, j’aurais bien du mal à vous raconter l’histoire de manière simple. L’auteur s’intéresse, à travers le récit de la vie d’un pasteur, Petrus, muté dans un coin des fjords de l’Ouest, à un épisode de l’histoire islandaise peu connue (pendant lequel des marins espagnols jusque là acceptés ont été tués) interrogeant le récit officiel de l’histoire d’un pays, les notions de bien et de mal, de pouvoir ou d’étrangers entre autres.
Le pouvoir, Jón, n’a pas d’amis. Il n’a que des soutiens et des ennemis. Des acolytes et des opposants.
Où est le bien, où est le mal ? Nous sommes parfois tentés de prêter aux autres les pires intentions, surtout lorsque nous les connaissons peu, et plus encore lorsqu’ils parlent une langue étrangère.
La couverture est magnifique, la traduction d’Eric Boury toujours aussi précise et juste, la construction en digressions qui sont autant d’histoires dans l’histoire exige pas mal de concentration (ce n’est pas un livre qu’on avale, c’est un livre qui impose son temps de lecture), la plume est poétique, Jón Kalman Stefánsson est un formidable conteur (d’autant plus quand il s’agit des histoires d’amour du pasteur…à moins que ce soit ma sensibilité qui retient cela en particulier).
Corps célestes à la lisière du monde ne sera pas forcément LE livre de l’auteur que je conseille le plus mais je ressens toujours le même plaisir à me retrouver sous une pluie battante dans un décor souvent inhospitalier avec cet écrivain islandais.
Jenny Bloomfield, une artiste qui dessine des chiens
Dans la seconde adresse (récente) de Slow Galerie dans le 6ème arrondissement à Paris, j’ai vu des chiens dans la vitrine (sans Line Renaud), les chiens de l’écossaise Jenny Bloomfield. Elle a illustré plusieurs livres jeunesse pour enfants (et des mugs avec des chiens ). Voici un aperçu de son travail :
crédit photo : compte instagram Jenny Bloomfield
Garence ou la scène de la gare
Dans Garence (pas encore sorti, il est passé en avant première dans plusieurs cinémas en France lors du festival de Cannes), film qui suit la trajectoire d’une jeune actrice alcoolique (en évitant tous les clichés qu’on peut craindre), il y a une scène de retrouvailles sur le quai d’une gare avec Garence et son amoureuse très réussie. Pour moi, c’est déjà une bonne raison d’aller voir le film.
Je termine avec les titres auxquels vous avez échappés :
”Broire du Renoir”
”L’intention qui compte”
”Mystère et boule de gomme”
Je vous souhaite une belle semaine avec cette reprise de L’été indien :
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Mentionnés dans cette newsletter :
Kiblind
exposition Renoir et l’amour, musée d’Orsay
Tableau Bal du moulin de la galette
Tableau Déjeuner des canotiers
musée d’art The Philipps Collection
La caverne du pont Neuf, installation de JR (accessible gratuitement, 7 jours sur 7 jusqu’au 26 juin 2026)
JR
Corps céleste à la lisière du monde
Jón Kalman Stefánsson, écrivain : “En Islande, on rêve tous plus ou moins d’aller en enfer”
Eric Boury, l’artisan discret de l’immense succès de la littérature islandaise en France
illustratrice Jenny Bloomfield
Précédemment :
















Complètement fan de cette nouvelle affiche canine! Je trouve que tu arrives vraiment bien à capter leur personnalité. J’aime beaucoup les mouvements, l’ensemble est dynamique et très plaisant à observer!
Merci pour ton avis sur le dernier Stefansson!
J’ai adoré te lire. Déjà, j’adorerai visiter une expo avec toi, tu les rends si vivantes à chaque fois et toutes les expos que tu présentes sont sur ma liste ! Je suis plutôt une mère à chats, mais tes toutous sont absolument mignons. J’ai hâte de découvrir ta participation “flamboyante”. Enfin, rapport à une de tes anciennes newsletter, on s’est toutes mises à lire Redondo, ma mère, ma soeur, et moi :) bref, je suis fan !